Les belles images

Si Cartier célèbre cette année ses 30 ans d’existence, elle commémore aussi les grands noms qui ont forgé son identité au fil du temps. Dans ce numéro spécial sur l’imprimé, nous ne pouvions passer sous silence l’apport immense de Jacques Delisle non seulement pour l’agence et ses clients, mais pour la culture québécoise.

De l’affiche emblématique du film Valérie1 au reconnaissable logo de Van Houtte2, il a marqué l’imaginaire des Québécois par son coup de crayon percutant, sa façon de synthétiser une histoire en quelques lignes et son sens de la couleur unique.

La petite histoire d’un créateur
Jacques Delisle a créé le studio de graphisme 2+2 en 1965, à l’âge de 22 ans. C’est dans le sous-sol de la maison des parents de son associé, Richard Desormeaux, que débute l’histoire d’une boîte d’illustrateurs qui a fait sa marque dans le paysage publicitaire québécois.

Rapidement, celle-ci a développé un style graphique unique, devenant dans les années 70 une référence à Montréal. Les célèbres affiches de cinéma pour les films à saveur érotique Valérie et L’initiation, notamment, ont contribué à la renommée de Jacques Delisle et de son studio par leur langage visuel original, éclaté et provocateur pour l’époque.

En 1999, Cartier achète le studio 2+2, avec qui elle collabore depuis quelques années déjà. Benoit Cartier, qui a toujours eu du flair pour bien s’entourer, avait compris que la créativité et le talent de Jacques Delisle et de son équipe bonifieraient sans contredit l’offre de l’agence, fondée en 1991. Le reste, c’est l’histoire.

Un visuel moteur réussi
Pour Jacques Delisle, un visuel moteur de campagne qui se tient doit partir d’une bonne idée, il ne doit pas seulement être esthétique. En tant que publicitaires, on vend des idées, on doit faire progresser le message. Et ça part d’un bon concept. Et c’est ce qui a contribué à la réputation de 2+2. L’équipe ne faisait pas que de beaux dessins, ils participaient à la création, à l’idéation. Pas de clivage entre création et production ici. Ils travaillaient dans la collégialité et le partage d’idées. Une notion qui est toujours bien vivante chez Cartier et qui n’est pas étrangère à la vision de la création léguée par Jacques Delisle.

Rigoureusement créatif
Quand on demande à monsieur Delisle si une campagne l’a marqué particulièrement, il nous répond qu’il est difficile de parler d’un seul projet qui se démarque. Pour lui, ce sont tous des projets intéressants, créatifs, nécessaires. Cependant, si l’on creuse un peu, on apprend des anecdotes savoureuses sur certains projets, témoins d’une époque et d’une façon de faire qui, pour certains aspects, ont bien changé (les rôles en agence, par exemple, plus définis qu’avant, plus spécialisés et peut-être moins polyvalents), et qui, pour d’autres, sont demeurés les mêmes (les délais de livraison !). Des promotions mettant en vedette Youppi aux gratteux de Loto-Québec en passant par St-Hubert, Jacques Delisle a certainement contribué à l’essor de grandes marques.

Aujourd’hui âgé de 80 ans, il est encore aussi passionné lorsqu’on lui parle de création, n’hésite pas à donner sa vision de la pub de nos jours et est toujours partant pour participer à un projet qui l’allume.
À bon entendeur.

Pour en savoir plus sur Jacques Delisle, c’est ici.

1. Affiche : L’initiation. Un film de Denis Héroux.
2. Affiche : Mange d’la marde. Promotion du studio 2+2 pour les clients de l’agence qui a eu un succès pancanadien. Les bureaux de Pierre-Elliott Trudeau et de Bourassa en ont commandé des copies, en clin d’œil aux événements de 1970 et du célèbre « qu’ils mangent donc de la marde » lancé par le premier ministre aux camionneurs de la compagnie Lapalme. http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/evenements/21042.html
3. Affiche : Tiens-toi bien après les oreilles à papa… Un film de Jean Bissonnette.


1 https://www.cinemaclock.com/films/valerie-1969
2 https://en.wikipedia.org/wiki/Van_Houtte

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